Réforme, réforme(s)…

2018-2019, 2019-2020. Deux périodes à retenir pour les futurs étudiants en PACES. Enfin, les choses bougent vraiment, dans de nombreuses facs en France les expérimentations vont bon train. La PACES est-elle en train d’être remplacée par d’autres cursus plus pédagogiques, plus « intelligents », et plus bénéfiques à l’étudiant ? On peut répondre « oui », dans une certaine mesure…

Septembre 2015. Angers. Pour la première fois depuis longtemps, une vraie alternative de la PACES est proposée. Plus qu’une réforme, PluriPASS remplace et modifie la PACES telle qu’elle était connue jusqu’alors par de nombreux étudiants. Voyant les résultats encourageants d’une telle expérimentation, les universités sont conviées à expérimenter à un niveau plus large, national cette fois : c’est ainsi qu’à la rentrée 2018 et 2019, de nouvelles alternatives seront mises en place dans une dizaine de facs, dont parmi elles : Tours, Reims, Aix-Marseille, Caen… On assiste donc à un début de généralisation sur la mise en place d’une année alternative, qui permet en cas d’échec, des débouchés plus constructifs et surtout moins destructeurs. Désormais, on ne « perd » pas d’année si on ne réussit pas. On continue d’avancer dans un cursus, mais on peut aussi être admis en école d’ingénieur. On peut aussi faire le choix de retenter sa chance plus tard dans certains cas. Majoritairement, on propose de types d’alternatives : PluriPASS ainsi qu’AlterPACES. Dans un certain nombre d’universités, ces expérimentations remplacent la PACES. Néanmoins, pour ceux qui le souhaitent (ou par défaut comme nous allons le voir), la PACES classique reste accessible.

Une voie qui semble prometteuse et déjà expérimentée depuis près de 2 ans à Angers : PluriPASS. Essayons, en expliquant qu’est-ce que cette alternative, de repérer ses avantages et ses inconvénients. PluriPASS est accessible à toute personne titulaire d’un Bac S mention Assez Bien ou d’un Bac général mention Bien. Ces critères d’admission sont très intéressants et plus pertinents qu’auparavant pour plusieurs raisons. Une qualité intrinsèque à PluriPASS : les matières ne sont pas exclusivement scientifiques, on peut donc admettre des candidats ayant autre chose qu’un Bac S. C’était possible auparavant, mais ici les chances de réussite seront forcément meilleures car le programme sera plus généraliste. Le pourcentage d’inscrits devrait donc légèrement augmenter de ce côté-là. Aussi, les bacs technologiques et professionnels ne sont plus admis. Il me semble que c’est une décision pertinente : d’une part, je n’ai pas trouvé de chiffres sur le sujet, mais une proportion infime voire nulle d’admis est issue d’un bac technologique ou d’un bac professionnel. Sachant que certaines universités doivent refuser des étudiants et participer à des tirages au sort, sachant les différences de programme et d’objectifs d’un Bac S et d’un Bac Pro peu importe lequel, il semblait assez malvenu qu’une personne n’ayant pas reçu un enseignement lui permettant raisonnablement de se préparer à la PACES puisse prendre la place d’un lycéen en Bac S, à l’évidence mieux préparé de par le programme, les épreuves, les exercices… Il ne s’agit pas là d’une « guerre » entre bacs généraux et bacs technologiques/professionnels mais plutôt de critères d’admission lucides, qui permettent déjà de faire une première sélection légitime, alors qu’un tirage au sort est difficilement légitime : on parle ni de connaissances, ni de préparation mais de hasard… La différence est significative. Les critères d’admission sont donc plus pertinents, mais on remarquera également qu’ils sont plus sévères (mention Assez Bien en Bac S, mention Bien pour les filières L et ES). Mais ce n’est pas la seule différence au programme…

En effet, d’autres nouveautés toutes aussi pertinentes sont mises en place. Nous allons aborder le véritable renouveau incarné par PluriPASS : les cours & le déroulement de l’année ! Le programme s’articule autour de 3 majeures : les sciences de l’ingénieur, les sciences du vivant ainsi que les sciences humaines et sociales. L’anglais, le projet personnel de l’étudiant (qui revient au centre du système donc), et la culture numérique sont également de la partie. C’est donc une différence majeure avec une PACES classique. L’avantage, au-delà du fait que cela rend accessible le cursus à un plus grand nombre, si l’admission dans une des filières de santé n’est pas possible, alors on ne recommence pas tout à zéro. La diversité des cours fait qu’il est possible de continuer en L2, dans près de 15 licences différentes… Alors, ça veut dire qu’on a plus de deuxième chance ? Effectivement, on pourrait le penser. Mais ce n’est heureusement pas le cas. Une large part du NC est réservée aux admis dès la fin de la L1, ceux admis en fin d’année : 75% des places sont réservées. Les 25% restants, ce qui est considérable, sont réservés aux étudiants terminant leur S3 (à la moitié de leur L2 en fait) qui, s’ils le désirent, peuvent retenter leur chance en subissant des épreuves spécifiques. Avec un tel système, on peut donc toujours être un « doublant », avoir sa deuxième chance, mais en validant son année. On peut aussi avoir une deuxième chance en fin de première année, si les notes sont trop basses pour être admis mais trop hautes pour être ajourné : des épreuves complémentaires sont à passer et peuvent permettre l’admission. C’est plus qu’avantageux par rapport à l’ancien système ! Au final, d’autres changements, plus mineurs, interviennent également.

 Mais alors, PluriPASS est-il uns cursus si avantageux que ça, dénué d’inconvénients ? Pas complètement, mais globalement on peut dire que les inconvénients dépendent de chacun. En PACES, ils étaient connus et reconnus de tous. Ici, l’étudiant est favorisé alors qu’avant on favorisait la sélection au détriment de l’étudiant. Finalement, le seul désavantage de ce cursus ne lui est pas propre : la difficulté à ce qu’il soit mis en place. Pourquoi ? Pour des raisons administratives, techniques, logistiques. Les universités doivent être en mesure de s’adapter pour proposer une expérimentation la plus efficace possible, sinon c’est inutile. Et tout cela prend du temps, beaucoup de temps… Malgré tout, on peut regretter l’absence quasi-totale d’informations. Dans les facultés concernées, peu de personnes sont en mesure de donner des réponses claires et précises car elles ne disposent pas des renseignements nécessaires, personne ne leur donne ces renseignements. Cela n’aurait pas été un problème si ce type d’expérimentation était à l’étape de projet, mais c’est autrement plus concret actuellement. Sachant que les premières mises en place doivent avoir lieu au plus tôt dans un an et au plus tard dans deux ans, il est inacceptable d’avoir aussi peu d’informations. Il serait peut-être opportun de communiquer le plus tôt possible la date de début de l’expérimentation et d’organiser des réunions d’information car beaucoup de lycéens ne sont pas au courant que les choses sont en train d’évoluer. Autre point d’inquiétude : si l’expérimentation dans une faculté X prend place lors de l’année N, que deviendront les futurs doublants, ceux ayant échoué lors de l’année N-1 mais souhaitant continuer lors de l’année N ? Vont-ils rester dans le cadre d’une PACES classique ou seront-ils éligibles à PluriPASS ? Le choix leur sera-t-il laissé ou non ? Bref, cela fait bon nombres de questions sans réponses et d’informations absentes pour une réforme d’aussi grande ampleur dont les prochains débuts se feront dans 12 mois… Néanmoins, on peut se satisfaire que les choses bougent, et qu’elles bougent dans le bon sens. Il y a quelques années, la PACES était très décriée et personne ou presque ne songeait à vraiment changer les choses. Aujourd’hui, la PACES est là mais on voit des actes. Le courage de réformer n’est donc pas une vaine expression pour certains et c’est une bonne chose. Car s’il est sûr que la PACES n’arrangeait personne, il est aussi sûr que ces expérimentations susciteront nombre de remous de personnes qui, à juste titre ou non, considéreront le parcours comme non-adapté ou pire que la PACES.

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